"Elle n'est pas blonde elle est cendrée" commente le coloriste au sujet de mon amie Jo, venue servir de modèle pour une gamme de produits colorants.
Première remarque : être modèle pour un show couleur, c'est cesser d'être une vraie personne pour devenir une troisième personne du singulier, un article indéfini, un nom commun.
Les critiques émises ne sont pas adressées au modèle mais au cobaye. "Ses cheveux ne sont pas fins, ils sont secs, ça n'ira pas, mais pourquoi fait-on cela à ses cheveux ? Il va falloir appliquer le soin rebooster n°14, il n'y a clairement rien d'autre à faire". On observe, on palpe, on discute, mais jamais on ne regarde le modèle dans les yeux, jamais on ne lui demande s'il est d'accord pour se faire tirer le cheveu par 15 professionnels en stage, jamais on ne réalise qu'il pourrait être un espion capable de divulguer les secrets de la corporation crue ici en confiance.
Deuxième remarque : La grande désillusion : être entouré de professionnels de la coiffure en formation, c'est comme participer à une formation de VRP ; et lorsque l'on réalise que nos chers hair dressers ne sont en réalité que de vils marchands qui certes nous conseillent, nous écoutent, nous cajolent, mais qui cherchent surtout à nous vendre soins, services et autres lotions sans penser à nous ménager outre mesure, on se sent trahie, manipulée, désillusionnée ... Et nous qui croyions naïvement que le monde de la beauté n'était certainement pas celui de la cruauté...
