Sortie de soirée. Grosse faim. Trouver une solution. Penser vite. Téléphone connecté à Internet, taper sur le moteur de recherche « restaurant ouvert nuit Paris ». Résultat : un resto de viande ouvert à 10 minutes de la maison. Ô joie, ô allégresse, on saute dans le premier taxi et on roule à la vitesse de l’éclair jusqu’au sacro-saint restaurant.
A 5h du matin, ceux qui peuplent les seuls restos’ ouverts sont (dans le désordre), les clubbers, les travailleurs de nuits, les amants affamés, les solitaires insomniaques, les copines larguées, les touristes joyeux, les noctambules insoumis … ambiance romantique, étrange, chaleureuse, détendue. Tout ça est d’autant plus surprenant que dans ce genre d’établissement franchisé, il n’y a jamais de place pour l’improvisation, ou toute autre forme de détente, mais à 4h du matin, tout est différent, même les serveurs sont sympas, alors que si l’on vient ici à 20h, ils nous oublient ou nous amènent toujours la mauvaise garniture… en fait sans faire l’apologie de la vie après minuit, il est clair qu’elle est bien plus douce, moins agressive, plus simple, moins hypocrite que l’autre… comme si la nuit réveillait en nous la personne qui ne se cache pas derrière des grognements à la caisse du supermarché, celle qui décide de sourire plutôt que de se forcer à envoyer paitre les rares effrontés qui veulent faire ami-ami à la machine à café… bref, la nuit nous rend gentil, tel des oursons blancs et chocolat dans un monde lacté enchanté.
On commande donc le carpaccio à volonté et bien sûr touts les garnitures existantes sur la carte, de la salade mixte au gratin de pomme de terre en passant par le riz et la ratatouille.
On sourit à l’idée qu’on ne va pas tarder à gloutonner.
On arrête le temps autour de deux assiettes remplies et débordantes, on parle de nos vies, différemment, on parle d’eux, d’elles, de tous, et on sauce la fin du plat …
6h. Nous sommes repus, vaincus, dodus. Rentrons dormir.
