Elle est belle cette fille. C’est bête mais voilà, elle est belle. Le teint hâlé, les yeux verts... je croise son regard dans la file d’attente et sa beauté m’émeut. Il y a des gens comme ça, touchés par la grâce. Une bonne fée a plané au dessus de leurs berceaux. Ils sont beaux, gentils, ils ont tout. Je continue de la regarder (elle est de dos, elle ne me voit pas), c’est presque un peu gênant mais je ne peux pas m’en empêcher, quelque chose en elle me fascine. Tiens, elle boîte un peu... je me demande pourquoi. Je me demande aussi ce qu’elle fait là. Elle prend l’avion elle aussi, seule, elle aussi. Quitte-t-elle sa maison ? Rentre-t-elle chez elle ? Elle avance vers le comptoir, elle boîte pour de bon, elle s’est sûrement cassé quelque chose et la blessure n’est pas encore guérie... et alors que je l’observe prendre son passeport, sa carte d’embarquement, enfiler son sac à dos, je remarque que sa main droite est immobile. Complètement figée. Je réalise vite que cette cette main n’est ni en chair ni en os. C’est une main artificielle, aux ongles vernis roses, le même rose qu’il y a sur la main gauche. Ce vernis est le liant de ces deux mains, le signe qui montre qu’elles appartiennent à la même personne. L’hôtesse de l’air rend à la jeune fille sa carte d’embarquement et son passeport, elle lui indique où poser son bagage pour qu’il aille en soute. L’inconnue acquiesce. Sa voix est douce. Je crois que l’hôtesse n’a pas remarqué la main, ou peut-être que si, et qu’elle n’y prête pas attention. C’est vrai pourquoi le ferait-elle ? Cette main ne bouge pas, voilà, peut-être qu’il ne faut pas en faire tout un plat. Mon regard se pose à nouveau sur l’inconnue. Je suis émue. Pourquoi ? Parce que j’ai la certitude à cet instant d’être à côté de la beauté incarnée, la certitude que cette fille, c’est un ange m’a frôlé.

