vendredi 22 juin 2018

Cette rencontre-là

Bientôt minuit trente. Le wagon de la sept est bondé. C’est la fête de la musique. Tout Paris est de sortie. On s’installe, il nous reste une dizaine d’arrêts avant notre changement. On vient de traverser le parc de La Villette, c’était un peu éprouvant, alors on se pose. On a faim et on est un peu fatigué. C’est là qu’il arrive. Une cannette d’Oasis et un sac plastique à la main. Il a l’air un peu éméché. Il est allé voir le match avec ses amis raconte-t-il. Et puis il voit la guitare. Il veut chanter. Il demande à ce qu’on lui joue un air, il veut chanter. Il demande à ce qu’on lui fasse une place pour s’assoir. Il s’installe. La guitare démarre. Les yeux de l’inconnu changent. Son regard s’adoucit, ses épaules se mettent à bouger, comme si la musique entrait dans son corps. Et puis il commence à chanter. Quelque chose se passe, là dans ce wagon, entre les stations Stalingrad et Le Peletier. C’est de la magie. D’un coup le silence se fait autour de la guitare et de la voix. On sort nos téléphones, il faut filmer ça. On se tait autour de cette voix et de cette guitare. On sait que ce moment est rare, unique. Ce gars faisait peur à tout le monde en entrant dans le wagon, et maintenant on pleure tous en l’écoutant chanter. Station Le Peletier, on descend, lui aussi. Il me demande quel métro il doit prendre pour Ivry. Je lui réponds de rester sur le même quai et de prendre le prochain train. Accolade. Il me dit « tu me protèges », je lui réponds « toi aussi » et je suis sûre, vraiment sûre que c’est vrai. Cette rencontre-là, je ne sais pas encore de quoi, mais elle me protègera.